Parti BAAS et la pseudo « ligue arabe » / Bashar kifkif

Saddam Hussein est mort, son message demeure
Il y a 10 ans, l’ex-président irakien était pendu – Entretien avec Gilles Munier (republication)

Il y a dix ans, le 30 décembre 2006, l’ex-président irakien Saddam Hussein était pendu par les Américains et leurs supplétifs, trois ans après sa capture.

Pour que nos lecteurs prennent connaissance de ce personnage important et de son histoire, assez méconnue des jeunes générations, nous republions aujourd’hui cet entretien avec Gilles Munier, spécialiste de l’Irak et du Moyen-Orient, réalisé en janvier 2007 et initialement mis en ligne sur E&R en janvier 2008.

Propos recueillis le 3 février 2007 par que-faire.info.

Saddam Hussein était avant tout un militant puis un dirigeant du parti Baas [..]

Gilles Munier : Saddam Hussein a été, avec Gamal Abdel Nasser, un des personnages clés d’un cycle historique commencé avec la nationalisation du canal de Suez le 26 juillet 1956. C’est le père de l’Irak moderne, un révolutionnaire qui avait les moyens de ses ambitions et qui les réalisait. Avec lui, l’Irak s’est développé au point de devenir un exemple dangereux pour les États-Unis et Israël. C’est son principal crime, la cause du renversement du régime baasiste.

Saddam Hussein laissera la trace d’un président qui a cherché à redonner à la Mésopotamie sa splendeur d’antan, à faire de Bagdad le phare du monde arabe [..]

Comment expliquez-vous que l’idée même de limiter l’éclatement étatique des Arabes ait échoué au Moyen-Orient ?

Les accords secrets Sykes-Picot, signés en 1916, n’avaient pas simplement pour but de partager le Proche-Orient entre la France et la Grande-Bretagne. Un de ses objectifs était d’empêcher les Arabes de s’unir en un seul royaume voire, plus tard, en une fédération ou en un seul État.

En créant des États ou des Émirats avec des frontières dessinées pour être la source de conflits à répétition, en manipulant des minorités ethniques ou religieuses, en organisant des coups d’États, les grandes puissances ont neutralisé dans l’œuf la plupart des tentatives d’union. Les désaccords idéologiques entre régimes et les problèmes de personnes ont fait le reste.

Finalement, la République arabe unie (RAU) fondée en 1958 par le président Nasser et Michel Aflak, qui se voulait l’amorce de la grande fédération dont rêvent les Arabes depuis la fin du Califat, demeure un modèle pour les générations futures, malgré son échec [..]

Avant l’invasion du Koweït, Saddam Hussein était le meilleur ami de l’Occident. Eut-il le sentiment d’être manipulé ? A-t-il regretté a posteriori l’attaque de l’Iran ?

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Saddam Hussein était surtout « l’ami » de la France et de l’Union soviétique, pas des États-Unis, qui lui reprochaient son soutien à la cause palestinienne. Les relations américano-irakiennes ne se sont améliorées qu’après l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeini et la prise d’otage de l’ambassade US à Téhéran. Cela s’est traduit au plan militaire, semble-t-il, par l’accès à certains gaz de combat et à des armes chimiques. Des hélicoptères nécessaires à leur utilisation auraient été livrés [..]

En Irak, la grande majorité des armes étaient russes ou françaises. En Iran, elles étaient américaines. L’après-vente était assuré par des voies détournées [..]

La guerre Iran-Irak était inéluctable. Les régimes au pouvoir dans les deux pays étaient inconciliables. L’ayatollah Khomeini voulait « libérer » Nadjaf et Kerballa. Saddam ne voulait pas d’un régime islamique de type safavide à Téhéran, c’est-à-dire se réclamant d’un courant sectaire persan qui a détourné le chiisme originel.

Les Occidentaux ont soutenu l’Irak tant que c’était leur politique [..]

Après 1991, Saddam Hussein apparaît en Occident comme un tyran démoniaque et sanguinaire. Selon vous, son régime tout oriental fut-il plus ou moins brutal que les pays voisins ?

Tout est relatif. En Jordanie, il y a eu le massacre dit de Septembre noir en 1970. Les commandos bédouins fidèles au roi Hussein ont « nettoyé » les camps palestiniens et certains quartiers d’Amman à l’arme blanche. En Syrie, en 1982, il y a eu le massacre de Hama. Au Liban, la même année, celui du camp de Sabra et Chatila. En Iran, la Révolution islamique a fait des milliers de victimes, etc., etc.

Le régime baasiste n’était pas plus violent que ses voisins. Il l’était moins que ne le sont les États-Unis en Irak. Certes, les régimes révolutionnaires n’y vont jamais de main morte [..]

Pourquoi se focalise-t-on sur les brutalités exercées dans des pays étrangers, de préférence par des Arabes, des Asiatiques ou des Africains ? Les Anglais ont utilisé des gaz de combat contre les Kurdes ; les Américains des armes interdites au Vietnam et en Irak ; les Israéliens massacrent les Palestiniens depuis 1948 et ont bombardé le Liban avec des bombes à fragmentation. En France, nous n’avons pas non plus de leçon à donner. Il suffit de se souvenir de ce qui s’est passé à Madagascar et en Algérie [..]

On attend toujours que les services secrets occidentaux disent qui gazait qui, quand et avec quoi. Il faut qu’ils désignent les hommes politiques qui ont autorisé des entreprises à vendre les produits chimiques nécessaires à leur fabrication, dire où ont été formés les militaires qui les utilisaient.

Ceux qui accusent encore le président irakien de tous les maux devraient changer de disque. Pourquoi n’enquêtent-ils pas sur le rôle joué par l’Iran, George Bush père, Donald Rumsfeld ou Jalal Talabani dans l’affaire de Halabja ? Ils sont mouillés jusqu’au cou [..]
L’exercice du pouvoir n’est pas le même partout. Il dépend de l’histoire d’un pays, de sa société, de sa culture. L’Irak a été en guerre depuis le début des années 80. Il est normal que le pouvoir y ait été concentré autour du chef de l’État [..]

Le régime n’était pas moins baasiste. Si le parti avait disparu, Saddam n’aurait pas pu résister pendant les 13 ans d’embargo, ni préparer le pays à résister. Personne ne dit que la majorité des dirigeants représentés sur le jeu de cartes de Rumsfeld étaient chiites, pas tikritis. Aujourd’hui, si la résistance est encadrée par des baasistes, c’est bien parce que le parti existait en 2003 et qu’il était représenté dans toutes les couches de la société.

On fait souvent crédit à Saddam Hussein d’avoir garanti des droits réels aux chrétiens et aux Irakiennes. Qu’en était-il après 1991 quand son discours s’est « islamisé » (construction de mosquées, islamisation du Baas, polygamie davantage tolérée, etc.) ?

Des droits normaux n’étaient pas seulement garantis aux chrétiens, mais à toutes les communautés religieuses et elles sont nombreuses. Avec la guerre Iran-Irak, et surtout durant la tragédie de l’embargo, le poids de la religion s’est accru dans la société, chez les musulmans, les chrétiens des églises orientales ou non, chez les Yézidis, les Shabaks, etc. Les confréries soufis se sont développées. De petits groupes wahhabites se sont constitués. Les Frères musulmans ont repris leurs activités, discrètement.

Les femmes ont surtout pâti de l’embargo qui a fait régresser la société. Il ne faut pas mettre en cause l’islam mais le blocus. Leur situation était néanmoins meilleure que dans certains pays voisins et un rêve comparé à leur sort quotidien depuis avril 2003.

Le parti Baas n’est pas un parti laïc au sens où on comprend ce mot en Occident. Son fondateur Michel Aflak disait que l’islam était la meilleure expression du désir d’éternité et d’universalité de la nation arabe et qu’arabisme et l’islam ne pouvaient être antagonistes. Après 1991, on n’a pas seulement construit des mosquées, mais aussi des églises. Des aides substantielles ont été accordées à toutes les communautés religieuses, y compris bien sûr aux juifs irakiens.

Très jeune, Saddam Hussein fit preuve de courage et de dévouement à la cause baasiste. D’après vous, le courage était-il sa seule qualité ?

Il était courageux, sa fin l’a encore démontré. Il était intelligent, pragmatique, déterminé, juste, à l’écoute de son peuple. Il préférait régler les crises par la négociation, sans que personne ne perde la face. Sinon, comment aurait-il pu tenir si longtemps au pouvoir ? Les Irakiens ont toujours détenu des armes chez eux, s’ils avaient été mécontents, ils s’en seraient servi contre lui, comme ils le font pour se débarrasser des dirigeants actuels [..]

C’est un honneur pour moi de l’avoir rencontré. Quand on se retrouve devant un homme adulé par les uns, décrié par d’autres, diabolisé à l’excès, on est troublé. Lors de ma première audience, je m’attendais à découvrir une sorte de roi mésopotamien, un calife. Il était debout au milieu de la pièce, souriant, une lueur de malice dans les yeux. Ce qui m’a le plus impressionné, c’est sa simplicité. Je l’ai revu l’année suivante en compagnie d’une vingtaine de villageois kurdes. Il consacrait un temps infini à écouter leurs doléances et y répondait franchement, sans fioriture [..]

Alors que l’Irak est au bord du gouffre, comment expliquez-vous l’écart de perception de Saddam Hussein dans les diverses communautés ?

Dans les régions kurdes et chiites, il y a eu des combats et de la répression, mais il ne faut pas oublier que ces foyers de révolte alimentés – voir suscités – par des pays étrangers qui craignaient le développement de l’Irak : l’Iran du Chah et de Khomeini, les États-Unis, Israël. Aucun chef de gouvernement au monde n’aurait toléré de tels agissements.

Il ne faut pas réduire l’Irak à une addition de communautés ethniques ou religieuses, ni croire ce que disent les chefs de milices ou la propagande US. C’est l’opinion de l’Irakien moyen qui compte. Après plus de 20 ans de guerres et d’embargo, il était normal qu’un certain nombre de gens soit persuadé que le renversement du régime débouche sur un règne de paix et d’abondance.

Aujourd’hui, les sondages montrent que la majorité des Irakiens regrette l’époque Saddam, ne serait-ce que pour des raisons de sécurité.

Selon vous, qu’est-ce qui a poussé les Américains à faire exécuter Saddam Hussein si vite ?

Pour plusieurs raisons. Le procès dit d’Al-Anfal, au sujet de la guerre au Kurdistan, risquait de déraper. Comme l’a dit dernièrement l’ancien Premier ministre russe Evgueni Primakov, ils l’ont tué pour l’empêcher de parler des relations Irak/États-Unis dans les années 80 et de leur rôle dans cette guerre.

Les Américains espèrent que la disparition de Saddam Hussein va déclencher une lutte pour le pouvoir au sein du parti Baas et provoquer des scissions. Ils voulaient renforcer Nouri Al-Maliki face à la montée en puissance de Moqtada Al-Sadr, prendre ce dernier de vitesse au moment où il négociait avec des partis sunnites la création d’un bloc parlementaire capable de renverser le « gouvernement ».

La décision de pendre Saddam a été prise lors de la visite d’Al-Maliki à Washington, et confirmée lors de celle d’Abdul-Aziz Al-Hakim, chef du Conseil suprême pour une Révolution islamique en Irak. George Bush aurait insisté pour que l’exécution ait lieu avant son discours sur l’état de l’Union. Il avait déjà réclamé que la condamnation à mort du Président irakien soit prononcée avant les élections de mi-mandat en novembre dernier [..]

En tout cas, la vengeance appelant la vengeance, je ne donne pas chère de la peau de ceux qui ont commis ce crime.

http://www.egaliteetreconciliation.fr/Saddam-Hussein-est-mort-son-message-demeure-292.html

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